" Le temps qui passe me fait peur et me torture. Dix-sept ans est un âge poétique. Je veux le garder toute ma vie. L'âge parfait, c'est maintenant. Beaudelaire avait raison. Mon pire ennemi, c'est le temps. Je me sens changer mais je ne veux pas. Je me sens vieillir et c'est une torture immonde car sans fin, qui empirera chaque seconde jusqu'à son paroxisme, jusqu'à ma mort. Je garde cette saloperie à mon poignet, comme un diablotin qui me rapelle que son maître est toujours bien là. Je suis toujours en retard, je regarde toujours l'heure, comme si j'étais effrayé par cet écoulement, d'une infinité de secondes, déterminées, que rien au monde ne peut arrêter. Je damnerais mon âme pour la préserver de cette chute temporelle, cet écoulement morbide que je déteste tant. Il se moque de nous, nous méprise autant que nous le méprisons. Je ne peux l'atteindre. C'est une divinité d'une cruauté abyssale. Le maitriser, ne peut pas en être dépendant. Deux souhaits existenciels, qui nourrissent mes rêves, les rêves des hommes. La vie n'est qu'une vaste agonie jouissive, que le temps, ce salop, fait progresser au juste rythme, sadiquement. Je ne suis qu'éphémère. Je ne cotois que de l'éphémère. Tout ce que j'influe est voué à disparaître. Je suis donc totalement inutile... Je suis le prisonnier désabusé face à la désillusion qu'est ma lente agonie. Je me regarde souffrir, vivre ; vivre, souffrir, en pleurant silencieusement, face au sweet living nightmare. Je me regarde et j'ai peur. Je me regarde, face àl'immensité astrale, qui n'a dégale que l'inutilité humaine, et j'ai peur. Peur du temps. Peur de la vie. Peur de la mort. Je suis obsédé par cette fin. Je suis humain. Je suis éphémère. Je suis faible. Seul l'intemporel est beau. Je lirai Pascal. Mais les lois de ce monde sont ainsi. Rien n'y changera... "
- Augustin Pasquini et sa mélancolie Garrellienne ^.^ -